Ligue des Droits de l'Homme
SECTION :
BELFORT
18 rue de Brasse
90000 BELFORT,FRANCHE COMTE,TERRITOIRE DE BELFORT,90
Tél. 03 84 29 20 70
Fax.

> DOSSIERS

La crise financière de l'automne 2008

La crise financière

Depuis plus d’un an on assiste à un krach financier « rampant », ponctué de crises de plus en plus fortes, dont les conséquences vont toucher et touchent déjà l’ensemble de l’économie.

Sommaire :
A l’origine de la crise aux USA : « subprimes » et « titrisation » / une économie « à crédit » Les étapes de la crise bancaire, le plan Paulson. La crise bancaire et ses effets « domino », en Europe et en France Une crise du système capitaliste ? le rôle des Etats. Les conséquences sur l’économie réelle, qui va payer la crise ?

Tout part des USA...
En 2007 apparaît la crise des « subprimes »
Ce sont des prêts immobiliers, à taux variable, hypothécaires, faits à des ménages en situation fragile au cours des dernières années. Les organismes de crédit ont transformé ces créances en titres négociables sur les marchés financiers (c’est la « titrisation ») en les mélangeant à des créances plus solides. Ces créances, qui rapportaient plus que la moyenne, ont commencé à circuler jusqu’en Europe.
En 2007 de plus en plus d’emprunteurs ne peuvent plus rembourser leurs crédits (chômage, hausse du taux du crédit), s’en suivent des saisies, des expulsions …le marché de l’immobilier s’effondre.
Il y a contagion au système bancaire. Comme les titres « toxiques »sont disséminés, les banques commencent à se méfier les unes des autres et à ne plus se prêter d’argent entre elles. Une « crise de confiance » s’installe, la valeur des actifs des banques chute, les cours en bourse chutent, il y a des faillites…
La crise passe des banques d’affaires (banques de capitaux à long terme qui financent les entreprises) aux banques de dépôt (qui gèrent essentiellement les dépôts des particuliers et accordent des crédits à court terme)
Toute l’économie des USA vit à crédit depuis plus de 30 ans
. Les entreprises s’endettent au delà de leurs moyens, l’Etat de même (pour faire la guerre) on a systématiquement poussé les particuliers à s’endetter, seul moyen de maintenir artificiellement la croissance économique.

Les étapes de la crise
Depuis le début de la crise, en 2007, le système du crédit a été maintenu sous perfusion constante par les autorités étatiques et monétaires.
L’économie américaine avait résisté tant bien que mal, aidée par les baisses des taux à répétition et par le recul du dollar, ainsi que par le plan de relance de 168 Mill.$ adopté par l’administration BUSH début 2008 (envoi d’un chèque à chaque ménage, pour relancer la consommation)
En mars 2008 la Banque Centrale américaine (FED) rachète pour 30 Mill.$ des actifs de la banque BEAR STEARMS (qui, par ailleurs, début octobre a été absorbée, rachetée par JP MORGAN pour 1.3 Mill.$ !)
En Août elle remet à flot les 2 plus grosses banques hypothécaires de la planète : FREDDIE MAC et FANNY MAE, à hauteur de 200 Mill.$
En septembre elle prête 85 Mill.$ à l’assureur AIG la plus grosse compagnie d’assurance du monde (1000 Mill.$ d’avoirs) qui s’est retrouvée en faillite en quelques heures.
Au lieu de juguler la crise, on peut se demander si chacune des opérations de sauvetage n’a pas encouragé les spéculateurs, assurés de voir leurs pertes couvertes.
Le rejet du plan PAULSON le lundi 29 septembre (« lundi noir ») a plongé l’ensemble des places financières dans le chaos, avec la menace d’une crise sans précédent.
Les banques américaines ont été touchées, avec leur cortège de faillites, de fusion à marche forcée et même de nationalisation (AIG)
Les 5 grandes banques d’affaire ont été touchées : LEHMAN BROTHERS, banque d’investissement vieille de 158 ans, avec 639 Mill.$, connaît la plus grosse faillite de l’histoire des States ; ses actifs ont été repris par 4 autres banques, dont la banque britannique BARCLAYS qui a acheté les activités aux USA pour 1.75 Mill. Seulement ;
MERRIL LYNCH, avec 1000 Mill. En avoirs n’a évité la faillite qu’après avoir été repris par la BANK OF AMERICA ;
BEAR STEARNS a été absorbée, rachetée par JP MORGAN pour seulement 1.3 Mill. $ ;
MORGAN STANLEY et GOLDMAN SACHS ont eu de nouveaux actionnaires.
La plus importante société d’épargne et de prêt, WASHINGTON MUTUAL, a frôlé la faillite et a été rachetée en urgence par JP MORGAN ; WACHOVIA, une autre banque de dépôt, a été reprise par CITIGROUP.
Le Plan PAULSON (du nom du secrétaire au Trésor, Henry PAULSON)
Ce plan de sauvegarde, rejeté une première fois puis accepté par la chambre des représentants, est un plan de rachat par le gouvernement US des titres toxiques ou des parts du capital de banques en difficultés.
D’un montant de 700 Mill.$ il doit être financé par l’émission de bons du trésor, et en dernier ressort, par l’argent du contribuable.
Il se heurte à un dilemme : à quel prix racheter les actifs ?
En ce qui concerne les « toxiques » ils n’ont pas de prix, personne n’en veut, sauf la puissance publique !
Concernant les parts du capital des banques, soit on paye la valeur du moment, et cela ne sert pas à grand chose, le problème des banques n’est pas résolu et les actionnaires crient à la spoliation ; soit on garantit les profits avec l’argent public, sans garantie pour autant que ça marche !
Question : le plan Paulson sera-t-il suffisant pour colmater les brèches d’un marché pesant près de 60 000 Mill. de dollars ?
L’effet domino.

En Europe, dans les heures qui ont suivi le rejet du pan PAULSON, 4 banques ont été touchées :
Au Benelux, la banque assurance FORTIS a été rachetée par BNP PARIBAS.
En Grande Bretagne, la banque immobilière BRADFORD et BINGLEY : le portefeuille de prêts a été pris en charge par le gouvernement et les autres actifs ont été cédés à l’espagnol SANTANDER ;
En Allemagne, la banque HYPO REAL ESTATE a été sauvée de la faillite par une aide du gouvernement (35 Mill. €)
Au Danemark, la ROSKILDE BANK a été reprise en urgence par 3 établissements financiers.
Dans les jours qui ont suivi, la banque franco belge DEXIA a dû être sauvée de la faillite (voir plus loin)
Le système bancaire français est il mieux protégé qu’ailleurs ? Oui et non.
Oui : les grandes banques d’investissement, dont l’essentiel de l’activité est consacré à la spéculation, n’existent pas comme aux USA. Les banques ont moins investi dans les actifs immobiliers douteux, et sont plus prudentes dans l’attribution des crédits ;
Non : la séparation entre les banques d’affaires et de dépôt a été abolie avec la libéralisation financière, et les dépôts de tous les épargnants sont exposés à la spéculation.
DEXIA :
Cet établissement financier français public dépendait de la Caisse des Dépôts et de Consignation, qui recueille essentiellement des dépôts sur les livrets A.
DEXIA a participé jusqu’à sa privatisation, en 1987, au financement des dépenses sociales et d’infrastructures dans les collectivités locales.
Après son rachat, en 1999, par le Crédit Commercial de Belgique, ses dirigeants se sont lancés dans la spéculation des produits dérivés.
Les gouvernements belges et français ont sauvé de la faillite DEXIA avec plus de 6 Mill.€
« Moralité » : pendant 20 ans dirigeants et actionnaires ont fait des profits juteux = privatisation des profits.
L’Etat renfloue l’entreprise avec de l’argent public = socialisation des pertes !
Depuis le début de la crise les banques françaises ont passé plus de 17 Milliards de dépréciation au total.
Le crédit Agricole a dû provisionner 5.4 Mill.€ ; .
NATIXIS, filiale des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne a été touchée de plein fouet. Le cours de l’action a été divisé par 10. Seule l’intervention des maisons mère a permis de la sauver. .
La Caisse d’Epargne, qui a perdu plus d’1 milliard avec sa filiale immobilière NEXITY doit trouver 6.5 milliards pour rendre ses comptes présentables. .
La Société Générale a perdu 4.7 milliards à cause des subprimes, presque autant que dans l’affaire KERVIEL (4.9) .
BNP Paribas est l’établissement qui s’en sort le mieux. Devient la première banque d’Europe après le rachat de Fortis ! .

Capitalisme quand tu nous tiens. .
Les médias font rarement le lien entre la crise financière et le capitalisme, sauf pour citer notre inénarrable Nicolas SARKOZY, qui tente de décortiquer le capitalisme. .
D’un côté il y aurait un capitalisme sain, industriel, productif, et de l’autre un capitalisme financier, sale, spéculateur. .
Si Sarkozy se penchait sur la constitution de la fortune de ses riches amis (Bolloré, Bouygues, Lagardère…) il verrait qu’il n’y a pas d’étanchéité entre l’industrie et la finance. Cela fait plus d’un siècle que le capitalisme bancaire et industriel a fusionné. .
L’histoire montre que le capitalisme est toujours allé de crises en crises, avec des périodes d’accumulation du capital, de surproductions, de krachs boursiers, de guerres, périodes plus ou moins longues mais cycliques. .
De temps en temps une guerre permet de sortir de la crise : élimination des rivaux, des entreprises, des infrastructures, ce qui permet ensuite la relance. .
Les crises, telles celle qui se déroule actuellement sous nos yeux, permettent aussi aux plus gros d’absorber les plus faibles. .
Parallèlement aux faillites se profile une vaste recomposition du secteur bancaire, les attaques spéculatives ayant pour objectif de faire s’effondrer le cours des actions de certaines banques déjà affaiblies, pour permettre leur rachat à des prix bradés. .
Sarkozy voudrait un capitalisme « moralisé » quand il part en croisade contre les rémunérations scandaleuses des dirigeants ou les parachutes dorés, mais c’est aussi impossible qu’un tigre végétarien ! .
Le capitalisme repose en effet sur 3 piliers qui n’ont rien à voir avec la morale : .
La propriété privée des grands moyens de production et de financement ; .
La concurrence : gagner la guerre économique, éliminer les rivaux ; .
Le profit maximum ; pourquoi s’arrêter à 5% de profit si on peut en faire 10 ou 15 % ? Ou 50 % ? .
Si vous n’étiez pas encore convaincus du double langage du président Sarkozy, voici ce que l’on peut lire sur le site de l’UMP, dans la rubrique « l’abécédaire du candidat Nicolas Sarkozy » à la lettre C comme « Crédit » : « les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain (…) Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Cela profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants. » .
Ce type nous prend vraiment pour des poissons rouges (ceux qui ont assisté à la réunion de section comprendront…).

Le rôle des Etats.
Entre le renflouement des établissements bancaires et d’assurance et l’injection de liquidités pour empêcher l’étranglement complet du crédit (plus aucune banque ne voulait prêter à une autre) l’Etat américain a dû jeter sur le marché plus de 1500 milliards de dollars ; .
La BCE a injecté plusieurs dizaines de milliards d’euros ; .
Les gouvernements européens ont décidé de garantir les emprunts et d’injecter de l’argent, nous faisant croire au passage (SARKOZY) que ça ne coûtera pas un centime au contribuable, et que ça peut même rapporter ! (sic) .
Le président de l’Euro groupe, vexé qu’une journaliste l’interroge sur le thème « vous prenez l’argent public pour renflouer les banques » a déclaré : « il ne s’agit pas de puiser dans les caisses publiques mais de défendre les nobles intérêts des citoyens ! » .
Les plus ultralibéraux, ceux qui vantaient hier les capacités naturelles du marché à s’autoréguler, sont passés du côté de l’intervention tellement décriée de l’Etat. Finie la main invisible du marché, c’est le retour du bras séculier de l’Etat Capitaliste, c’est l’Etat providence pour les plus riches, pour les actionnaires. .

Economie réelle et victimes de la crise. .
Aux USA : 2 millions de familles endettées dont les maisons, achetées à crédit, ont été saisies ou vont l’être ; les saisies mobilières ont augmenté de 27 % depuis août 2007 ; en Août 2008 il y a eu 303 879 dossiers de saisie ; les emprunteurs afro-américains ont perdu entre 71 et 92 milliards en raison des prêts contractés ces huit dernières années ; les latino américains entre 75 et 89 milliards ; .
surproduction et chômage : 9.4 millions de chômeurs (+2 millions en 1 an) ; 500 000 nouvelles demandes d’allocations de chômage ont été enregistrées dans la dernière semaine de septembre ; baisse de 1.1 % de la production dans les usines, la production automobile a chuté de 12 %. Menaces sur les retraites s’il y a faillite des fonds de pension. .
En Europe et ailleurs : .
Islande : faiblesse des banques à court de liquidités, salaires bloqués ; .
France : annonce de plans de licenciement « préventifs » chez Renault ; arrêt de la production pendant 13 jours chez Peugeot Montbéliard (baisse des ventes) et remise en cause d’un plan d’embauche ; difficultés d’obtenir un crédit, tant pour les particuliers que les travailleurs indépendants ; conséquences sur les carnets de commande dans le bâtiment (crise immobilière en plus) .
Rappel : Peugeot, hausse des dividendes des actionnaires de 11%, Renault fait grimper ses bénéfices de 20%.
Et Fillion d’en rajouter : « le meilleur plan de relance c’est de poursuivre les réformes structurelles » c’est à dire de plus en plus d’austérité, de baisse des revenus et du nombre d’emplois, tant dans le public que dans le privé. .
Tiers monde : la récession économique aura des conséquences : baisse du prix des matières premières, crise alimentaire amplifiée….
Plus largement, se dire qu’il peut y avoir, suite à l’affaiblissement des USA, une remise en cause de l’impérialisme américain et l’émergence d’un nouvel « ordre mondial » .
Fabienne Finck, 16/10/2008.

> Retour

> Sommaire du dossier

1-La crise financière de l'automne 2008

>Imprimer tout le dossier

© Ligue des droits de l'Homme